Les Conseillers-Présidents Leslie Voltaire et Edgard Leblanc Fils, accompagnés du Premier ministre Didier Fils-Aimé, ont effectué, très tôt ce samedi 20 décembre 2025, une visite dans le quartier de Solino, à Port-au-Prince. Cette descente s’inscrit dans le cadre du programme gouvernemental baptisé « L’État reprend pied, le pouvoir assume », selon une note publiée sur la page officielle de la Primature d’Haïti.
À travers cette initiative, les autorités affirment vouloir marquer la reprise effective de l’action de l’État dans une zone longtemps fragilisée par l’insécurité. Elles soutiennent que la démarche vise à réaffirmer l’autorité publique, à rapprocher le pouvoir de la population et à démontrer qu’aucune portion du territoire national ne sera laissée en marge de l’action étatique.
Cependant, au-delà des déclarations et des images symboliques, cette visite soulève de nombreuses interrogations. Car pendant que l’État annonce « reprendre pied », des milliers de familles haïtiennes survivent encore dans des camps de déplacés, parfois depuis plusieurs années, dans des conditions que les organisations humanitaires qualifient d’inhumaines : abris précaires, insalubrité, insécurité, absence d’accès à l’eau potable, aux soins de santé et à l’éducation.
Jusqu’ici, aucune réponse structurelle et durable n’a été apportée par les autorités pour améliorer concrètement le sort de ces populations vulnérables. Les visites ponctuelles, aussi médiatisées soient-elles, contrastent douloureusement avec l’inaction prolongée face à la détresse quotidienne des déplacés internes.
Cette situation alimente un sentiment de lassitude et de méfiance au sein de la population. Pourquoi faut-il attendre la fin d’un mandat ou une phase politique critique pour multiplier les gestes spectaculaires ? Pourquoi cette volonté soudaine de tout faire « en un temps record », alors que les problèmes sont connus, documentés et dénoncés depuis des années ?
Pour beaucoup, ces initiatives tardives ressemblent davantage à des opérations de communication politique qu’à une véritable volonté de transformation sociale. Or, l’autorité de l’État ne se mesure pas uniquement par des visites officielles ou des slogans accrocheurs, mais par des politiques publiques cohérentes, continues et orientées vers les plus démunis.
La population attend désormais des actes concrets : relogement des déplacés, accompagnement social, sécurité durable, et surtout une gouvernance qui ne se limite pas à des démonstrations de présence, mais qui assume pleinement ses responsabilités, du début à la fin du mandat.