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Le pouvoir en huis clos, la République en spectacle

Hier mercredi, à l’hôtel Montana, haut lieu des grandes manœuvres politiques haïtiennes, s’est déroulée une scène pour le moins grotesque, à l’approche de la fin du mandat du Conseil présidentiel de transition (CPT). Alors que le pays s’enfonce chaque jour un peu plus dans l’insécurité, la misère et l’incertitude, des discussions ont été engagées autour d’un prétendu recrutement pour les postes de président et de Premier ministre.

Le choix du mot n’est pas anodin. Recruter un président, comme on le ferait pour un cadre d’entreprise, en dit long sur la dérive actuelle de la gouvernance en Haïti. La fonction suprême de l’État semble désormais réduite à un poste à pourvoir derrière des portes closes, loin de toute consultation populaire, loin de toute légitimité démocratique.

Une transition qui tourne à vide
Le Conseil présidentiel de transition, mis en place pour remettre le pays sur les rails institutionnels, semble aujourd’hui prisonnier de ses propres contradictions. À quelques jours de la fin de son mandat, aucun bilan clair, aucune feuille de route crédible n’a été présentée à la population. Pire encore, au lieu de préparer une sortie ordonnée de la transition, les acteurs politiques s’adonnent à des tractations opaques, nourries par des intérêts personnels et des calculs de pouvoir. Cette scène à l’hôtel Montana illustre parfaitement le fossé entre la classe politique et la réalité vécue par la majorité des Haïtiens. Pendant que des milliers de familles fuient les violences armées, que des quartiers entiers sont abandonnés aux gangs et que l’économie est à l’agonie, une minorité débat de fauteuils ministériels dans le confort feutré d’un hôtel de luxe.

Le peuple, grand absent de la discussion

Aucune consultation populaire, aucune transparence, aucun mécanisme clair de désignation : le peuple haïtien est, une fois de plus, le grand absent de ce processus. Cette manière de procéder ne fait qu’aggraver la crise de confiance déjà profonde entre les citoyens et les institutions. Comment espérer une stabilité politique durable lorsque les décisions les plus importantes se prennent en cercle restreint, sans rendre de comptes ? Cette logique d’exclusion alimente le sentiment que la transition n’est qu’un recyclage des mêmes élites, incapables de rompre avec les pratiques qui ont conduit le pays dans l’impasse actuelle.

Une scène grotesque, un symbole inquiétant

Ce qui s’est passé à l’hôtel Montana n’est pas un simple fait divers politique. C’est un symbole. Le symbole d’un État affaibli, où la légitimité se négocie plus qu’elle ne se construit, où la fonction publique est traitée comme un marché, et où l’urgence nationale est reléguée au second plan.
À force de transformer la transition en spectacle, les dirigeants actuels prennent le risque de précipiter le pays dans une nouvelle phase d’instabilité.

Haïti n’a pas besoin de nouveaux arrangements de coulisses. Elle a besoin de leadership responsable, de transparence et d’un véritable retour à l’ordre constitutionnel.
À défaut, les scènes grotesques d’hôtels continueront de remplacer le débat démocratique, au détriment d’un peuple déjà trop éprouvé.

Katiana CADY

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