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Haïti : les violences sexuelles, une arme de terreur à Port-au-Prince

Depuis 2021, les violences sexuelles et sexistes ont atteint un niveau alarmant à Port-au-Prince. Utilisées de manière systématique par des groupes armés pour terroriser les populations, elles frappent de plein fouet les femmes et les filles, déjà parmi les plus vulnérables dans un pays plongé dans une crise multidimensionnelle. C’est ce que révèle un rapport accablant publié par Médecins Sans Frontières (MSF), intitulé « Violences sexuelles et sexistes à Port-au-Prince, Haïti ».

Selon MSF, ces violences s’inscrivent dans un contexte d’insécurité généralisée marqué par l’effondrement des institutions, la paralysie des services publics et la dégradation continue des conditions de vie. Les viols, agressions sexuelles, violences domestiques et autres formes de brutalités sexistes sont devenus des moyens de domination et de contrôle des populations civiles, notamment dans les quartiers sous l’emprise des gangs armés.

Dix ans de données, une réalité glaçante
Le rapport s’appuie sur dix années de données médicales et psychosociales recueillies à la clinique spécialisée de MSF, Pran Men’m, ouverte en 2015 à Port-au-Prince. En une décennie, près de 17 000 personnes y ont reçu une prise en charge complète, incluant soins médicaux, soutien psychologique et accompagnement social. Un chiffre d’autant plus frappant que 98 % des patient.es sont des femmes et des filles, confirmant le caractère profondément genré de cette violence.

Ces données révèlent non seulement l’ampleur du phénomène, mais aussi sa normalisation dans certains contextes. Pour de nombreuses survivantes, les violences sexuelles surviennent lors de déplacements forcés, d’attaques armées, de contrôles de quartiers ou même à l’intérieur du foyer. Le silence, la peur de représailles et la stigmatisation sociale empêchent encore trop souvent les victimes de chercher de l’aide.

Des survivantes abandonnées par l’État
MSF souligne que cette crise humanitaire est aggravée par l’absence quasi totale de protection institutionnelle. L’accès à la justice est extrêmement limité, les structures de santé publique sont dysfonctionnelles et les mécanismes de prise en charge des victimes sont insuffisants, voire inexistants. Dans ce vide étatique, les organisations humanitaires deviennent parfois le seul recours pour les survivantes.

Pour MSF, il est urgent que la lutte contre les violences sexuelles soit intégrée comme une priorité absolue dans toute réponse sécuritaire, politique et humanitaire en Haïti. Cela implique non seulement des soins pour les victimes, mais aussi des actions de prévention, de protection, et surtout la fin de l’impunité.

Une urgence humanitaire et sociétale
Au-delà des chiffres, ce rapport met en lumière des vies brisées, des traumatismes profonds et une société où les corps des femmes et des filles sont devenus des champs de bataille. Tant que l’insécurité persistera et que les institutions resteront défaillantes, les violences sexuelles continueront d’être utilisées comme une arme de terreur.

Face à cette réalité, le rapport de MSF sonne comme un cri d’alarme : protéger les femmes et les filles en Haïti n’est pas une option, c’est une urgence vitale et une responsabilité collective.

Katiana CADY

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