Reveil info

Départ du CPT : le compte à rebours du chaos

À seulement cinq jours de l’échéance annoncée du Conseil Présidentiel de Transition (CPT), Haïti semble plus que jamais suspendue au bord du gouffre. Aucune vision claire, aucun consensus fort, aucune feuille de route crédible ne se dégage pour sortir le pays de cette crise multiforme devenue permanente. Le temps passe, implacable, et avec lui grandit le sentiment d’un immense vide politique.

Le CPT était censé incarner une rupture, un moment de sursaut collectif, une passerelle vers la stabilité et le retour à l’ordre constitutionnel. Mais à l’approche de son départ, le constat est amer : la transition n’a pas su fédérer, ni rassurer, encore moins redonner espoir à une population épuisée par l’insécurité, la misère et l’incertitude. Pire encore, elle laisse derrière elle un pays fragmenté, sans direction claire, où les divergences politiques prennent le pas sur l’intérêt général.
Comment expliquer qu’après tant de mois de discussions, de promesses et de déclarations solennelles, aucun accord solide n’ait été trouvé sur l’après-CPT ? Comment comprendre que les acteurs politiques, pourtant conscients de l’urgence, continuent de privilégier les calculs personnels, les luttes d’influence et les querelles de leadership au détriment du salut national ? Cette incapacité chronique à s’entendre n’est pas nouvelle, mais elle devient aujourd’hui dangereusement irresponsable.

Pendant que les élites politiques tergiversent, le pays, lui, s’enfonce. L’insécurité gangrène le quotidien des citoyens, les gangs imposent leur loi, l’économie est à genoux et les institutions publiques peinent à fonctionner. La population n’attend plus de grands discours, mais des décisions courageuses, des actes concrets et une gouvernance capable de répondre à ses besoins fondamentaux : sécurité, justice, dignité.

L’absence de consensus à quelques jours du départ du CPT envoie un message inquiétant : celui d’un État incapable d’assurer sa propre continuité. Ce flou institutionnel ouvre la porte à toutes les dérives, nourrit la méfiance et accentue la rupture entre les dirigeants et le peuple. Dans ce contexte, chaque jour perdu est un jour de trop, un jour qui rapproche un peu plus le pays du chaos total.

Il est temps de le dire clairement : Haïti ne peut plus se permettre des transitions sans vision ni responsabilité. Le pays a besoin d’un accord politique inclusif, sincère et orienté vers l’intérêt collectif. Il a besoin de dirigeants capables de dépasser leurs ego, de faire des compromis et d’assumer pleinement leurs responsabilités historiques. Faute de quoi, la crise actuelle ne sera qu’un chapitre de plus dans une longue série d’échecs politiques.

À cinq jours du départ du CPT, l’heure n’est plus aux calculs, mais à la lucidité. L’histoire jugera sévèrement ceux qui, par leur silence, leur inertie ou leur ambition personnelle, auront contribué à prolonger la souffrance d’un peuple déjà meurtri. Haïti mérite mieux que l’improvisation permanente. Elle mérite une direction, une vision et surtout, le courage politique de changer de cap.

De la même catégorie