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CITADELLE LAFERRIÈRE : DU SANCTUAIRE AU CARNAVAL MORTEL — 11 AVRIL, DATE SACRÉE OU DATE PROFANÉE ?

La Citadelle Laferrière, ce lieu hautement sacré, historique et mystique, n’est pas une boîte de nuit, ni une scène pour des influenceurs sans mémoire en manque de vues, ou encore un terrain vague livré à l’errance festive. C’est un sanctuaire, une forteresse de mémoire et une cathédrale de pierre érigée le 11 Avril 1805 sous l’autorité royale du roi Henri CHRISTOPHE. 11 Avril 1805 : date de sa fondation. 11 Avril 2026, date de sa  profanation. Même date et même lieu avec deux visions irréconciliables. L’une bâtit une Nation digne,  respectée et souveraine, l’autre la ridiculise par une amnésie collective. Le symbole est d’une violence presque obscène et une gifle infligée à l’intelligence collective.

La Citadelle Laferrière  est un ouvrage militaire construit au début du xixe siècle à Milot en Haïti dans le département du Nord, par Henri CHRISTOPHE. C’est la plus grande forteresse du continent américain à 900 mètres d’altitude, elle se trouve à 15 km au sud de Cap-Haïtien, au sein du Parc National Historique – Citadelle, Sans Souci, Ramiers classé au patrimoine mondial de l’UNESCO depuis 1982. La forteresse pouvait abriter une garnison de 2 000 hommes, 5 000 en cas de nécessité.

Le samedi 11 Avril 2026, pendant que certains transformaient la pierre de la Citadelle Laferrière en une piste de danse obscène et la mémoire en un bruit de fond, la mort, elle, suffoquait avec eux sans cri et sans avertissement. Elle s’est infiltrée, silencieuse et méthodique, dans les poumons de dizaines de jeunes sans pudeur et sans mémoire, ou pire, sans respect pour la mémoire historique. Asphyxie, dit-on. Une ironie glaçante pour un peuple qui peine déjà à respirer offre à sa jeunesse une mort à son image de manière lente, silencieuse et étouffée.

Ce drame, qui a coûté la vie à plusieurs dizaines de citoyens haïtiens, majoritairement jeunes, n’a rien d’un mystère ésotérique commode. Il est humain, administratif, politique, moral et surtout, impardonnable. Et qu’on cesse les fuites symboliques et mystiques.  Ce ne sont ni les ANCÊTRES ni les ESPRITS qui ont agi. Ce sont les dirigeants vivants et sans vision de cette Nation qui ont magistralement échoué et failli à leur mission. 

UNE GÉNÉRATION DÉVERGONDÉE QUI DANSE SUR LES OSSEMENTS DE SON HISTOIRE

Il fallait oser avec une audace exceptionnelle d’enfermer des milliers de corps, de la fumée, de l’alcool et du vacarme dans un lieu aussi fragile, mystique et historiquement sacré, et appeler cela un ÉVÉNEMENT. Qui a appris à ces jeunes influenceurs que tout espace est consommable ? 

Qui a vendu à ces jeunes cette absurdité selon laquelle la mémoire d’un peiple est un décor, que l’histoire d’un pays comme Haïti est un accessoire, que tout peut devenir contenu pour des vues numériques ? On ne naît pas vide mais on le devient, à force d’abandon, de déséducation et de démission collective.

Cette jeunesse n’est pas seulement un problème. Elle est un symptôme. Le produit brut d’un désert éducatif, culturel, historique et moral. Mais qu’on soit clair, cette jeunesse reste et demeure responsable de ses actes. Car à un moment précis et ce moment existe l’ignorance cesse d’être une excuse et devient une décision.

L’ÉTAT FANTÔME OFFICIEL, COMPLICITÉ STRUCTURELLE

Où étaient-ils ? Le Ministère du Tourisme ? Le Ministère de la Culture ? L’Institut de Sauvegarde du Patrimoine National ? La Mairie de Milot ? La Police Nationale ? Une chorégraphie parfaite du vide institutionnel. 

Dans quel pays sérieux autorise-t-on, explicitement ou par lâcheté administrative, un rassemblement festif aussi massif dans un site classé patrimoine mondial ? Dans quel pays laisse-t-on des milliers de personnes s’entasser sans contrôle, sans sécurité, sans ventilation ? Dans quel pays attend-on les cadavres pour redécouvrir l’existence de responsabilités ? 

La réponse est très simple, tout cela est possible dans un pays qui a cessé d’être un État pour devenir une rumeur administrative.

ARRÊTONS LA COMÉDIE : C’EST UNE NÉGLIGENCE CRIMINELLE

Ce ne sont pas les ESPRITS  qui se sont levés. Ce ne sont pas non plus nos ANCÊTRES qui ont étouffé leurs descendants. Ce sont l’irresponsabilité, l’improvisation et l’impunité de nos dirigeants  sans scrupule qui ont fait le travail. 

Transformer un lieu de mémoire nationale en boîte de nuit improvisée n’est pas un signe de modernité, c’est une décadence culturelle en direct. Confondre liberté et désordre n’est pas une preuve de vitalité mais  un symptôme de désorientation et d’amnésie collective avancée.

UNE NATION QUI PROFANE SES SYMBOLES SIGNE SA DISPARITION

La Citadelle Laferrière n’est pas un simple site touristique. C’est un message en pierre, une leçon de souveraineté gravée dans la montagne par un homme que l’histoire appelait le BRAS DE FER. Un bâtisseur de conviction et un obsédé de dignité. Et aujourd’hui ? On y installe des haut-parleurs. On y fume tranquillement. On y danse sans gêne. On y meurt stupidement. Voilà notre trajectoire et notre chute brutale. 

Qui est le  coupable de ce drame national ? Les organisateurs bien évidemment. Mais surtout les autorités haitiennes, sans oublier la société qui est entièrement impliquée. Mais la vraie question, celle qui brûle nos esprits, reste et demeure  intacte, comment un peuple d’un pays comme Haïti  avec son histoire singulière et historique peut-il arriver  à un point aussi ignoble jusqu’à banaliser la profanation de ce qui le fonde ?

Qu’on épargne au pays des diversions mystiques et des anesthésies folkloriques ou maléfiques. Ce drame exige une réflexion très  profonde, non  pas une prière spectacle. Il appelle une enquête réelle, des sanctions visibles et une redéfinition stricte de l’usage de nos sites historiques, mais surtout une éducation nationale qui réapprend aux Haitiens enfin un mot devenu étranger : le  RESPECT.

Sinon la leçon ne sera pas apprise, car on recommencera ailleurs autrement sur d’autres  espaces sacrés et historiques avec d’autres morts plus catastrophiques. Et cette fois encore, on parlera de FATALITÉ. Alors que ce n’était, depuis le début, que de la FAILLITE.

Amos CINCIR 

Serviteur de l’Empire Hayti-Afrique 

Ambassadeur du Royaume 

12 avril 2026

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